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Synopsis

 

« À l’âge de raison, 7 ans bien sonnés, la religion catholique a pris racine dans mon quotidien avec son paradis et son enfer. Période importante, où j’appris que Dieu pouvait venir nous chercher n’importe quand, comme un voleur... Ce fut le début de mes négociations avec lui. Quelques heures après la prière du soir, étendue sur mon lit, légèrement insomniaque, j’entreprenais le deal de ma vie. « Mon Dieu s.v.p., laissez-moi vivre jusqu'à vingt ans, je promets de ne plus jamais… ». Chaque soir, seule devant cette hantise de ma mort, je répétais ce rituel dans le plus grand secret.

Puis, les années ont passé et la mort a pris le bord. J’étais trop occupée à vivre ma vie. C’est ce que je croyais. Mais elle m’a rattrapée à travers des deuils successifs et un événement personnel particulièrement troublant.

Aujourd’hui, à travers ce film, je revisite « ce monstre de l'enfance » devenu un puissant tabou de société. »

Violette Daneau

 

Dans ce road movie intérieur la réalisatrice, une femme lucide et en santé, ose questionner la mort, à travers ses rencontres avec des gens qui en ont développé une connaissance intime qui renforce leur présence au monde. Dans sa quête, elle pose des questions qui nous concernent tous. Qu’est-ce que la mort ? Mourir, est-ce que ça s’apprend ? Des questions dont trop peu de personnes parlent, mais auxquelles tout le monde pense.

Dans ce long métrage filmé au Québec, en Suisse, en Espagne et aux États-Unis, la parole est au menu sans retenue. Conteur populaire, Michel Faubert, à l’image d’un publiciste, tente de renouveler l’image de la mort. Alors que Françoise Moquin, qui a été infirmière accompagnatrice de fin de vie pendant de nombreuses années, nous livre, alors qu'elle est atteinte d’un cancer agressif, un témoignage touchant sur sa vulnérabilité face à la mort qui s’annonce.

La réalisatrice choisit d’explorer concrètement les différentes possibilités de se familiariser avec la mort en s’inscrivant à l'atelier « Une année à vivre », où elle fera entre autre le bilan de sa vie, aux côtés des autres participants. Elle poursuit ce voyage intimiste en Suisse dans des rituels plus festifs. Avec André Melly, pour qui la mort est présente au quotidien avec ses alcools et ses fromages qu’il affine depuis le jour de ses noces... pour ses propres funérailles. Et avec Bernard Crettaz, sociologue et ethnologue, qui nous fait participer a un « Café mortel », un concept qu’il a créé pour réunir des gens dans un bistro pour leur permettre de s'exprimer librement sur la vie, sur la mort, sur le deuil.

De retour au Québec, elle s'intéresse à l’aspect religieux. Est-ce que nos croyances nous aident à accepter la mort ? Sa rencontre avec le père Jean Patry, aumônier à la « prison de Bordeaux », nous fait découvrir un être aux prises avec le dilemme de Dieu et de la mort.

Est-ce que la mort c’est l’heure de l’âme ? Selon l’athée Michel Doré, l’âme n’existe pas. Pour Benoît Lacroix, théologien dominicain presque centenaire, « la peur de la mort est instinctive et va au-delà des religions… ». La recherche de la réalisatrice va aussi la mener en Espagne où cette fois des croyants, portés par la foi, vont jusqu'à se coucher dans des cercueils lors d’une procession religieuse. Malgré leur foi, la peur est au rendez-vous.

Comment aborder cette peur? Psychiatre en soins palliatifs, Yves Quenneville considère la mort comme une bête sauvage. Selon lui, ce qu’il faut apprivoiser c’est la solitude… Fleet Maull, ex-détenu étatsunien devenu accompagnateur de fin de vie pendant son incarcération, nous parle quant à lui des conditions de ceux qui meurent en détention.

Tout au long du film, des scènes symboliques viennent ponctuer les témoignages et enrichir le propos d’une manière poétique. Des tableaux évoquent les derniers moments de mourants. Des hommes, des femmes, des enfants, marchant sur un fil tendu au-dessus de la ville illustrent le fragile équilibre entre la vie et la mort. Une artiste sculpteure, Horta Van Hoye, nous entraîne dans son univers délicat et fabuleux, le papier, pour nous parler de la vulnérabilité et de la précarité du corps voué à la dissolution.

Le périple de Violette Daneau s’achève avec un rituel sur sa propre mort et, malgré ses réticences, elle participe a un dernier atelier sur la toilette funéraire avec Elizabeth Knox où elle découvre l’importance de «prendre soin de ses morts».

Pendant sa quête, la réalisatrice est confrontée non seulement à ses propres peurs mais à la mort d'un se ses frères et de deux amies. Contre toute attente, c’est un retour sur sa vie qui s’amorce pour elle. Peut-être que la mort nous entraîne sur les seules pistes importantes de notre vie ? En voulant faire un film sur la mort, Violette Daneau a fait un film sur la vie. Sortons la mort du silence !