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Un commentaire

L'itinéraire de nos vies - La mort en prison

 

1965

Déjà la fin de l’été. J’ai 15 ans et je  goûte à mes dernières heures de liberté. Demain, c’est le retour  au couvent  St  Domitille, ma prison. Je résiste, pour ma mère c’est sans appel.

Étendu sur le divan dans le salon, je regarde encore indécise la lame de rasoir que je tiens dans la main droite. Je croyais que ce serait génial d’aller vivre avec ma mère biologique à 13 ans, sûrement, qu’elle voudrait rattraper le temps perdu…

J’approche lentement la lame de mon poignet gauche et je la dépose doucement  là où les veines sont saillantes.  Je n’arrive pas à peser assez fort .C’est douloureux alors j’y vais lentement, à répétition…avec beaucoup  d’espace-temps entre les répétitions. C’est à peine si je réussis à m’égratigner le poignet. J’ai peur du dentiste, alors me couper les veines…Soudain du fond de la cuisine, la  voix de ma mère me fait sursauter.

- Le souper est prêt.

Trop tard pour me couper les veines… et tant mieux.  Alors que normalement j’empêchai les autres filles de  faire des folies, cette année-là ce fut mon tour de faire une fugue avec mon amie Élizabeth hors des murs du pensionnat …un défi

J’ai eu droit  à ma première  nuit en cellule dans un poste de  police. Une personne qui nous avait pris en auto-stop nous a  dénoncés. J’étais tellement  fâchée que je ne ressentais aucune  peur. Emmuré dans ma colère, pour la première fois de ma vie j’étais invincible. Mon amie la colère…

À partir de quand devient-on  irrécupérable ?

2012

Voici  un extrait inédit du  tournage de « On  ne mourra pas d’en parler ». Une    entrevue avec le  père Jean Patry,  ex aumônier à la prison de Bordeaux, sur le thème de  « La mort en prison »

Un condensé de la détresse et de la souffrance humaine.

Des vies qui ont dévié pour toutes sortes de raisons. Quand l’itinéraire de ta vie se termine en prison avec une  peine de 25 ans,  ou est ta raison de vivre ? Tout à coup, le temps pour réfléchir à ta vie est exponentiel. De la prison physique, ils  aboutissent à la prison intérieure et pensent au suicide. Ces hommes ont été des enfants…Et j’aurais envie de mettre l’enfance au banc des accusés…Mais ça ne suffit pas.

 

  1. Très beau texte, Violette. Qui n’a pas une histoire semblable à raconter? Qui n’a jamais eu l’impulsion d’avoir le dernier mot avec sa vie?

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